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Mardi 25 mars 2008

Cela faisait longtemps que je désirais voir Bernard Lavilliers sur scène. Je n'ai donc pas hézité une seconde lorsque j'ai appris son passage à Bourges, d'autant plus que je l'avais raté à plusieurs reprises auparavant. Pas toujours évident d'être en phase avec les évènements auxquels on voudrait participer en tant que spectateur. Il manque soit le temps, soit l'énergie...
Je ne suis pas, à proprement parler, un fan inconditionnel du chanteur musclé mais il représente, à mes yeux, l'un des survivants de la bonne chanson française, celle qui allie l'esthétique des mots avec le rythme de la musique.
Des chansons comme "fortaleza", "les barbares" ou encore "noir et blanc" résument bien cette précieuse alliance.
Je ne voudrais pas passer pour un nostalgique du bon vieux temps passé et enterré, mais aujourd'hui, je me demande assez souvent où sont passés les courbes poétiques, les textures épiques, la jubilation des mots, la saveur musicale qui les enveloppe, dans la nouvelle génération?
Si vous avez des nouvelles, n'hésitez pas à m'en donner, merci.
Pour en revenir au concert en lui même, en dehors de la très bonne prestation des musiciens, un terme s'impose , plus qu'un autre, à ma pensée: humain.
C'est une évidence et ça vaut son pesant d'or en ces temps pixélisés, numérisés, mondialisés, soumis au paroxysme marchand. Ah! Si on pouvait nous vendre l'air que l'on respire! Monsanto privatise bien le vivant, alors pourquoi pas l'air?
Finalement, on en oublie l'essentiel derrière nos écrans fumés toshiba ou HP. Une fois sorti de nos cases, ça prend des allures de révélation. Le réel remplace l'abstrait et nous couvre d'une joie...pure? Peut-être après tout.
Humain, si précieusement humain. Ce n'est pas là, pour moi, un simple détail mais au contraire, un caractère primondial qui a presque autant d'importance que la musique en elle même, très reggae-latino ce soir là.
Il n'y avait pas d'un côté l'artiste et de l'autre, son public. Ce n'est pas l'impression que j'ai eue ce soir là. Le concert me fit plus songer à une réunion entre bons copains séparés depuis plusieurs années mais de nouveau réunis sous la commune bannière de la musique et des mots.
Lavilliers possède une tendresse qui m'a tout simplement bleufé. J'aurais presque envie de cier "au géni" pour cette unique raison mais il y en a tellement d'autres!
A la fin du spectacle, il est descendu de scène pour partager la danse avec son public... Non, avec ses amis. C'est plus juste ainsi. Nous étions si loin des inaccessibles muses et autres caviars à la mode!
Je ne crois pas me tromper en affirmant que tout le monde a passé un excellent moment, riche de danse, de musique, de mots, de partage et d'humanité.
Merci monsieur Lavilliers.

par velvet publié dans : musique communauté : KALEIDOSCOPE DES BLOGS
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Mardi 18 mars 2008

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"Raspail" est un voyage arcanien fascinant. Il peut accompagner un feu de cheminée, le théâtre d'une soirée ou le fluide évanescent d'une pensée. Son aura raffinée évoque de grands espaces méconnus, voir inexistants, des paysages médiévaux. L'esprit se laisse vite emporter par la musique, en épouse tous les reliefs. Les arômes rappellent Dead Can Dance, une beauté mystique et mélancolique. Ce n'est ni fruité, ni caramélisé, la texture a plutôt le goût du sucre glace, à la fois fraîche et intense.
Emporté par son panorama folk, par ses saveurs féeriques de clavier et ses friandises vocales, le baratin du présent se désagrège. L'ampleur atmosphérique subjugue et berce, l'univers se relâche par palliers successifs, par touches néoclassique. Les images d'un monde oublié surviennent, formées et déformées par les étincelles acoustiques.
Le plus frustrant est peut-être la chute du songe délicat et mystérieux, la fin du voyage arcanien, le retour dans la vie réelle.

Pour les curieux: http://www.myspace.com/peterbjargo

par velvet publié dans : musique communauté : Musiques
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Lundi 17 mars 2008

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Partout, on dirait le printemps et ça change tout. La ville semble renaître de son cafard, ses rues anémiques font peaux neuves, un parfum de fête s'empare du présent et masque les vieilles douleurs de pluie.
Il y a je ne sais quoi d'enchanté dans l'atmosphère des magasins. Même la mort veut vivre! L'ombre des poussières d'hiver sort des maisons jumelles, une mélopée de jonquilles répand son élégance maniérée sur les trottoirs, des sourires foetus pétillent sur des bouches azures, une lueur épidémique bégaye son autre monde dans les coeurs.
Partout on est bien et ça change tout. C'est toujours le même rendez-vous et pourtant, c'est toujours comme une première fois. Le ciel d'acier noir s'en va et les pensées épongent leurs maux béliqueux sur les bancs public. Le désespoir, le géant en cape sombre, devient espoir et chuchote des oraisons d'amour.
L'horizon se maquille d'un air de vie sur des visages-lézards mouillés de soleil, sur de jeunes tigresses qui jouent avec leurs peluches. On remarche à petit pas, longeant l'effluve du ciel et on s'amuse à tomber le cul dans l'herbe, comme pour y faire un nid.
Qu'il est bon de boire la lumière des jardins souffleurs de vie, qu'il est bon ce moment privé de froid et de prédateur. 
L'adulte enfant se dérobe jusqu'aux coulisses d'un ciel vêtu de flammes et de rêves éraillés. Il n'y a plus que l'espace en état de grâce.

par velvet publié dans : écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 12 mars 2008

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Elle regrette
d'avoir été si méchante
elle le regrette
"
Oh s'il vous plaît
pardonnez-moi
ne m'envoyez pas en enfer
Oh je sais
qu'il est trop tard maintenant
qu'il faut attendre la fin de la nuit
."

Elle n'a plus la force maintenant
Dans ses yeux
la douleur se promène
Dans tes yeux
la douleur creuse un sillon
Elle n'a plus la force maintenant
envahie par les ténèbres
même plus la force de supplier

Fuir le feu
ce feu de douleur qui ne finit jamais
fuir jusqu'à la fenêtre ouverte
l'air frais, onduleux
tendre les mains
de plus en plus loin
revivre sous l'averse grise et poisseuse
et tomber
ne plus se retenir enfin
tomber à travers un flux d'ivresse
une déchirure dans la nuit

La bulle de mercure s'éparpille
sans cri sans douleur
rien que le calme
le calme à jamais.

par velvet publié dans : écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 11 mars 2008

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La lumière des corps s'échange et se donne dans une nuit bleue d'été. La paix semble renaître, pourtant, il n'y a rien où l'on va. Rien de plus que le spectacle des corps confondus. C'est au moins un éclat d'étoile volé à la vision d'hécatombe des jours qui se répètent au lieu de passer.
La lumière peuple nos grands espaces blancs, les saupoudrant d'or et d'argent au milieu d'un été en feu. On est heureux comme des enfants, on oublie sa vie, on creuse dans les âmes et on en extrait un peu de joie. Nous nous accrochons au fil du rêve comme pour y dissiper la crainte éreintante du temps.
La lumière irisée invente un autre monde, une nuance d'éclats fugaces qui transpercent les chagrins et enfouissent les douleurs. Trop près on brûle, trop loin on gèle. ça se tend et ça se détend. On entretien la flamme vitale tout en niant sa validité éphémère, on s'en aveugle passionnément.
La lumière dit quelque chose, la vie en dit une autre, mais qu'importe, soyons fous! Partons, sombrons! Le flux emporte les coeurs dans son courant, dans ses méandres, dans son souffle, dans ses hoquets. Plus rien ne semble pouvoir l'arrêter.
La lumière enfle et se rompt, diffusant un vent d'arômes et de contrastes. On se perd puis on se récupère à travers cette alliance lascive et exaltée.
La lumière s'en va en morceaux dans la chaleur du ciel. Il ne reste qu'un pâle reflet noyé dans la masse obscure de l'horizon. De nouveau, des ombres jaillissent, nous poursuivent, nous encerclent et nous habillent sous la pesanteur d'une nuit desséchante et dans ses bruits d'insectes.

par velvet publié dans : écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 7 mars 2008
Il y a le rire des enfants: frais comme rosée du matin, éclatant comme bulles de savon, scintillant comme diamant.
Il y a le rire rouge à lèvres: rire de gorge, provocant, émoustillant. Et puis le rire perlé. Et celui là qui dérape en fausse note, en un cri de cochon, en quinte de toux.
Et la ronde se poursuit: le rire gras, le rire jaune, le fou rire, le rira-bien-qui rira-le-le-dernier, le premier qui rit aura une tapette, le si t'es gué-ri-don, le rire aux larmes. Un salut aussi au petit frère, le sourire.
C'est la vie en rose, le bonheur et le miel.
C'est alors qu'attaquent les faux-frères, les faux rires. Le rire jaune du vexé, le ricanement du mauvais, le rire caustique du bon parleur, le rire rentré de l'hypocrite et leur petit frère, le sourire du commerçant.
Et l'affreux, un désespéré qui s'excuse d'être encore en vie car rire rime avec mourir.
Surtout, continuez à rire car rire d'humour est rire d'amour.
par velvet publié dans : écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 6 mars 2008
C'était une journée semblable aux autres, rythmée par une somme de gestes que l'on répète et qui finissent par nous assommer.
Tout se déroulait le plus normalement du monde jusqu'au moment où je l'ai aperçu sur la banquette du bus. Mon esprit s'est alors délogé du cocon dans lequel il était assis.
J'imagine ce que vous pensez et je vous arrête tout de suite, même si, à votre place, j'aurais certainement imaginé la même chose. Non, désolé, il ne s'agissait pas d'une jolie fille dont la beauté aurait peuplé un voyage habituellement lassant. Pas du tout.
C'était en fait la silhouette d'une dame très agée, portant en elle son peuple de souvenirs muets, des visages comme ensevelis par les miettes du temps, des chagrins imperceptibles.
Parfois, son regard semblait s'excuser d'être là, dans le bruit de la vie.
Je suivais ses mouvements avec une attention anxieuse. A tout moment, un bruissement de ténèbres pouvait l'emporter et le film de la vie se casser sous mes yeux.
Ce qui me frappa le plus, c'était le contraste à la fois saisissant et cruel qui existait entre elle et les gamines à côté. Elle jettait d'ailleurs des coups d'oeil dans leur direction. Se reconnaissait-elle en l'une d'elles? Peut-être se rappellait-elle d'une époque lointaine aussi insouciante?
Aujourd'hui, elle était seule, guettée par la mort. La peine, elle l'a gardée entièrement pour elle. La vie était devenue une espèce de flêchissement qu'elle ne pouvait même plus dissimuler. Elle continuait d'exister à contre coeur, de mauvaise grâce, simplement parce qu'elle paraissait trop faible pour mourir. Elle avait appris qu'on perdait toujours, quoi qu'on fasse...
En l'observant ainsi, je venais d'attraper un coup de vérité en pleine figure. Il fallait s'y résoudre à cette faillite qu'on met toute une vie à se confectionner.
Je suis resté dans un état apathique pendant un moment, repensant à cet être isolé dans sa propre déchéance, à la validité éphémère de nos existences. Je jettais un regard d'hécatombe autour de moi, surfant au-dessus des discussions familiale.
Mais la vie ne permet pas de se figer définitivement ou alors c'est l'insurrection, la dépression. C'est imparable!
J'avais au moins appris, ce jour là, que l'on devait aimer la vie plutôt que le sens de la vie, l'aimer véritablement avant de se mettre à raisonner.
par velvet communauté : KALEIDOSCOPE DES BLOGS
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Mardi 4 mars 2008

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Le froid a gélivé mon rire
rétréci mes élans
anéanti mon âme

En froidure hivernale
se saupoudrent de neige
le vert bleuté des près
et l'argile des corps

Il a un goût de mort
et comment s'en défaire?
chauffez vos coeurs à rouge
et tendez vos deux mains.

par velvet publié dans : écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 3 mars 2008

Bouquet délaissé sur la table, 
Roses noires dans la nuit bleue, 
Lentement, elle est venue
Seule à travers le couloir, 
En tenue de soirée, 
La nuit diffuse sa pluie, 
Roses noires dans la pièce anéantie
Penchants leurs longues têtes cicatrices, 
Elle vient par là, elle vient par là! 
Peur et menaces nouvelles
ELLE VIENT PAR LA! 
Dans la chambre tombeau
Feuilles mortes
Dans la nuit bleue
Etranglée par les ronces
Roses noires
Là voilà, écoutez-là!
Elle s'amène, sadique
A grands gestes, à grands cris
Elle vient par là
Elle s'élance et éreinte
Puis s'en va, s'en va
Alors il doit bien rester quelque chose?
Elle m'a tout laissé
Absolument tout
Même ses affaires son parfum ses objets
Dans la nuit bleue
Une vieille odeur de fleur rôde encore
Un souvenir dans la pièce vide
Les roses sont mortes ce soir.

par velvet publié dans : écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 28 février 2008

Dans le brouillard d'un quai de gare, solitaire croyait-il, Pas de chance a allumé une cigarette, sans apercevoir les statues inquisitrices figées sur le même couloir que le sien. Des yeux toniques et accusatoires, sûrs de leurs droits, se sont jetés sur sa dépouille d'accros à la nicotine. Des visages où semblaient inscrits en lettres majuscules, "bien être, sécurité, éternité".
Il était brusquement la figure honnie mais au fond, il savait qu'il aurait dû être plus prudent: l'époque cherche un plus pollueur que soi, un coupable dont l'existence même est une menace sur les autres.
Il a pris peur. Les voyeuses infrarouges se braquaient sur la silhouette en infraction. La brigage de l'hygiène et des bonnes moeurs viendraient punir l'homme voyou, la figure des plaisirs psychotropes.
Pour se tranquilliser un instant, il pensa: "je ne suis ni fonctionnaire, ni chômeur", vous savez, ces ennemis en puissance, coupables eux aussi d'exister, disent les bons pensants du dispositif normatif, enfermés dans le bunker de la pensée unique.
Pas de chance était naît soi trop tôt, soi trop tard! Partout où il passait, ça sentait un parfum de décadence, on vous dictez les règles de la nouvelle foi, de la nouvelle guerre, tous contre tous. On faisait la chasse aux nuisibles en entretenant de climat de détestation. Un jour, c'était telle musique, tel artiste, maintenant, c'est l'autre qui est en trop et qui doit disparaître. On a inventé la battue au chômeur, enfanté le détecteur de mensonge en Angleterre.
Pas de chance détestait le contrôle accrue exercé sur nos existences, tel une bonne mère qui veille sur nous par l'intermédiaire de voyeuses numériques. Souriez, vous êtes filmez! De citoyen ordinaire on est passé à présumé coupable!
L'invasion n'est pas extra-terrestre mais belle et bien humaine. Partout, des yeux électroniques surveillent nos faits et gestes. Danger majeur. C'est à cause de cela que Pas de chance ne mettait plus un pied dans les wc publics, dès fois qu'il y ait une micro caméra installée dans un angle pour vérifier que vous pissiez bien droit.
Oh, il n'était pas plus fier qu'un autre de ce qu'il était mais les raisons d'une telle chasse aux sorcières le blessait profondément. Qu'est-ce qui justifiait un tel puritanisme, une surveillance si étroite, une telle frénésie accusatoire, une telle dislocation du lien social? 
Les grands hommes n'avaient pas réussi a créer une société plus juste mais ils l'avaient rendu plus propre. Il fallait être bio, asexué, sportif, moderne, jeune d'esprit et de corps, surtout. Dans les centres villes bien tenus, où fleurissaient, en été, la douceurs des géraniums, on traquait la mauvaise herbe, l'envers du paradis consommatoire, des salons de thé ou des institus de beauté.
Pas de Chance était tout désemparé. il c'est débarassé de sa clope avant qu'on ne l'embarque au poste de l'hygiène, qu'on l'enferme en cellule de pureté et qu'on l'oblige à réciter le nouveau catéchisme accidental.
Il c'est tenu bien peinard jusqu'à l'arrivée du train.

par velvet publié dans : Politique communauté : KALEIDOSCOPE DES BLOGS
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